
Oenopédagogie : définition
L'oenopédagogie désigne la méthode consistant à enseigner la dégustation du vin. Une discipline pratiquée depuis des décennies, qui n'avait jusqu'ici aucun mot pour la nommer.
Un vide dans le vocabulaire du vin
Demandez à n'importe quel professionnel de ce secteur comment il appelle ce qu'il fait. Il vous répondra : "je donne des cours d'œnologie", "j'anime des ateliers de dégustation", "je fais de la formation au vin". Des périphrases. Des approximations. Des descriptions fonctionnelles, mais aucun mot.
Pourtant, la discipline existe. Elle a ses méthodes, ses outils, ses approches, sa progression pédagogique. Elle rassemble des centaines de professionnels en France et dans le monde. Elle méritait son nom.
Ce nom, c'est l'oenopédagogie.
Définition
Oenopédagogie (nom féminin) — du grec oînos (vin) et paidagôgia (art de conduire, d'éduquer) — désigne l'ensemble des méthodes, pratiques et approches visant à transmettre la connaissance du vin, et plus particulièrement l'art de la dégustation, à un public amateur ou en formation.
Ce que le mot signifie précisément
L'oenopédagogie se distingue de l'œnologie, qui est la science du vin, de la vigne à l'élevage en cave, en ce qu'elle ne s'intéresse pas à produire le vin, mais à apprendre à le comprendre, à le lire, à le ressentir.
Elle se distingue aussi de la simple dégustation conviviale en ce qu'elle implique une intention pédagogique structurée: une progression, des exercices, une méthode, un objectif d'apprentissage clairement défini.
Ce que l'oenopédagogie n'est pas
- Ce n'est pas l'œnologie : qui forme des professionnels à produire le vin
- Ce n'est pas la sommellerie : qui forme des professionnels à le servir et le conseiller
- Ce n'est pas une dégustation entre amis : qui n'a pas d'intention pédagogique structurée
Ce que l'oenopédagogie recouvre concrètement
L'oenopédagogie englobe une grande variété de pratiques et de formats :
- Les cours de dégustation structurés, du niveau initiation au perfectionnement avancé
- Les exercices sensoriels sur les arômes, les saveurs, la texture. Apprendre à distinguer l'acidité de l'astringence, l'amertume du salé, identifier ce que l'on ressent dans un verre et le nommer avec précision
- Les parcours immersifs dans les vignes, où la dégustation se pratique in situ, au cœur du terroir qui a produit le vin
- Les séances thématiques autour d'appellations, de cépages, de millésimes, de Grands Crus
- La dégustation à l'aveugle comme méthode pédagogique fondamentale, la seule façon de déguster vraiment objectivement, sans que l'étiquette ou le prix n'influencent la perception
- Toute démarche progressive visant à développer le "palais", affiner le vocabulaire sensoriel et construire l'autonomie du dégustateur
Ce qui unit toutes ces pratiques : la conviction que déguster un vin s'apprend, que cette discipline n'est pas réservée aux experts, et qu'une bonne méthode peut transformer n'importe quel amateur en dégustateur lucide et confiant.
Pourquoi ce mot n'existait pas, et pourquoi il le devrait
La France est le pays du vin. Elle produit certains des vins les plus étudiés, les plus commentés, les plus admirés au monde. Et pourtant, elle n'avait pas de mot pour désigner l'art de les enseigner.
Cela dit quelque chose de la manière dont on a longtemps pensé le rapport au vin ici : comme une transmission orale et informelle, de cave en cave, de vigneron à amateur éclairé. Une affaire de nez, d'instinct, de culture familiale transmise à table. Pas vraiment une discipline structurée à part entière.
Les choses ont changé. Depuis les années 90, et de façon beaucoup plus marquée depuis les années 2000, une véritable communauté de professionnels de la transmission du vin s'est constituée en France. Des gens qui ont construit des méthodes originales, imaginé des outils nouveaux, créé des formats inédits, et fait de l'enseignement de la dégustation une vocation à part entière.
Ces professionnels existent. Leur discipline existe. Il était temps de lui donner un nom.
Une discipline que je pratique depuis les années 90
Je ne propose pas ce mot de l'extérieur. Je le propose parce que j'ai passé plus de trente ans à pratiquer cette discipline sans pouvoir la nommer d'un seul mot.
Les premières années : quand rien n'existait
Au début des années 90, j'ai organisé les premiers week-ends de dégustation et le premier cours sur trois jours permettant de déguster l'intégralité des 33 Grands Crus de Bourgogne réunis. À l'époque, les cours de dégustation en France se comptaient sur les doigts d'une main. Le terrain était quasiment vierge.
Sensation Vin : construire une méthode
En 2006, avec Céline Dandelot, nous avons fondé Sensation Vin à Beaune : avec une table lumineuse conçue sur mesure pour l'examen visuel des vins, des parcours de dégustation dans les vignes en véhicule tout-terrain, et une démarche pédagogique construite autour de la dégustation à l'aveugle.
Tout cela, c'est de l'oenopédagogie. Je l'ai pratiquée pendant des décennies avant d'avoir ce mot pour la nommer.
Un mot pour tous, pas pour un seul
Je ne propose pas ce terme pour l'enfermer ou en faire une marque. Je le propose pour qu'il existe, qu'il circule, qu'il soit utilisé par tous ceux qui font ce métier : formateurs, sommeliers enseignants, animateurs d'ateliers, créateurs de parcours sensoriels.
Il existe par ailleurs un équivalent anglais : vinopedagogy, proposé simultanément par Céline, qui enseigne la dégustation en anglais depuis plus de vingt ans à mes côtés à Sensation Vin. Deux mots, deux langues, une même discipline.
Si vous pratiquez l'enseignement de la dégustation sous une forme ou une autre, ce mot est aussi le vôtre. Utilisez-le. Diffusez-le. C'est ainsi qu'un mot devient réel.
Damien Delattre - Expert en Dégustation, Oenopédagogue depuis 1991 - Beaune, Bourgogne
